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mercredi 4 août 2021


La pleine lune

 

Accoudée au garde-corps de la terrasse, Marianne

percevait les odeurs subtiles et sucrées des roses

anciennes qui se dégageaient de la closerie. La nuit

était belle, et la pleine lune éclairait le parc par cette

chaude nuit d’été. Le jardin libérait toutes ses senteurs

et invitait les amants à une promenade romantique

parmi ses charmilles.

Elle se retourna vers son compagnon Charles le

sourire aux lèvres, et lui proposa une balade nocturne

bras dessus, bras dessous. Elle voulait lui montrer ses

roses trémières, et la nouvelle allée de graviers blancs,

menant à un banc de pierre. Dans ce havre de paix, les

yeux dans les yeux, et la main dans la main, il lui avait

récité autrefois ses premiers poèmes d’amour.

Continuant sa lecture en la regardant du coin de

l’œil, Charles l’écoutait d’une oreille distraite. Il

n’avait pas envie de se lever de son siège, ni de

parcourir ce sentier de gravillons blancs et encore

moins de s’asseoir sur cette dalle de granite. Il sentait

                   bouillonner sa colère et monter en lui sa mauvaise

humeur.

Marianne continuait d’insister gentiment, pour le

convaincre de poser son livre, de venir contempler ses

massifs et de flâner parmi les allées odorantes. Dans

un geste d’agacement, il lança le livre dans sa

direction, les pages blanches voletèrent sous l’action

du souffle d’air et retombèrent à ses pieds.

Il s’extirpa de son fauteuil en cuir vieilli, et vint

s’appuyer à côté d’elle à la rambarde du balcon. Le

visage fermé, l’air buté, les sourcils froncés sous ses

lunettes noires, il scruta le parc d’un regard boudeur

en haussant les épaules, décourageant toute approche.

D’une voix grave et d’un pas mal assuré, il accepta

sa corvée de marche quotidienne en ronchonnant. Il

enleva ses lunettes noires découvrant ses yeux bleus,

et s’empressa de les remettre aussitôt.

Marianne ramassa le livre aux pages blanches,

qu’elle déposa sur l’accoudoir du fauteuil, et

tendrement lui prit le bras. Au portemanteau de

l’entrée, à tâtons, il décrocha d’un geste nerveux sa

canne, lâcha le bras de Marianne et s’éloigna d’un pas

hésitant.

 Elle vit l’ombre désorientée de sa silhouette

disparaître au bout du chemin, se hâta de le rejoindre,

et lui offrit son bras.

La nuit était belle et étoilée, mais elle était noire

même sous la pleine lune, noire comme la noirceur de

son cœur, devenu malheureux et dur comme les

                  pierres. 

 Sa joie de vivre l’avait abandonné, et son âme

de poète était devenue sombre comme une nuit sans

fin.

La canne blanche, les pages blanches en relief,

étaient la maldonne de dame nature qui lui avait

donné ses yeux bleus laiteux sans vie, et un caractère

de chien.







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dimanche 1 août 2021

                                                            Avec l'association Amiplume,

sur le parvis de la mairie et de l'office de tourisme de Vorey,

le dimanche 1er août 2021.





samedi 17 juillet 2021

                               

Je serai en dédicace à Vorey 43800

avec les auteurs d'AMIPLUME

le 1er août de 9h à 13h.




dimanche 27 juin 2021

                                           

JE SERAI EN DEDICACE A VOREY 43800 LE DIMANCHE 1 AOUT 

DE 9H A 13H AVEC LES AUTEURS D 'AMIPLIME










mercredi 16 juin 2021

                                               Éditions Édilivre




mardi 1 juin 2021

                                               


                                              PRÊTE POUR LES SALONS D'ETE.










lundi 10 mai 2021



                                                    PARIS EDITION EDILIVRE 




mardi 27 avril 2021

                                                                


                                                               La chemise blanche




Sa canne à pêche dans une main, Germain

regardait flotter son bouchon de liège dans l’eau

transparente, où gigotait désespérément un

malheureux vairon. Sa journée de repos était pour lui

l’occasion de taquiner le poisson, et la friture était

abondante. Sa passion de la pêche lui venait de son

père lequel lui avait appris le goût de la nature et de

l’eau vive.

Un panier d’osier et une épuisette à ses pieds, il

était fin prêt pour une pêche miraculeuse. Soudain

son flotteur s’enfonça dans les algues vertes de l’Allier

et s’enfuit à vive allure. Le saumon était ferré, et la

lutte commença entre le poisson et le pêcheur. Après

un combat inégal pour la proie, Germain sortit

fièrement sa prise.

Une petite faim se fit sentir, une tranche de pain

de seigle et de saucisson allait calmer sa fringale, et

une gorgée de vin rouge bien frais sorti de la rivière

allait étancher sa soif. Il s’allongea dans l’herbe verte,

et le ventre bien tendu, il s’endormit aussitôt pour une

courte sieste réparatrice.

Du raffut, et des hurlements le sortirent de son

rêve, et le replongèrent aussitôt dans l’horreur de la

guerre. Au sol, recroquevillé sur lui-même, la tête

dans ses mains, Germain, la peur au ventre tendait

l’oreille aux bruits de pas venant du corridor.

Ses yeux fixaient la lourde porte de métal du fond

de la geôle, en espérant qu’elle reste close. Depuis un

mois, chaque matin à la même heure, elle s’ouvrait

bruyamment en grinçant, et son corps était parcouru

de frissons. Sa vessie le lâchait, et son urine chaude

s’écoulait le long de ses jambes.

En un mois il avait vu disparaître chaque jour un

compagnon de cellule, maintenant il était le seul et le

dernier de la rafle. Il attendait son tour, et s’était

résigné à son sort, mais la terreur ne le quittait plus.

Peur d’avoir mal, la trouille de pleurer devant ses

bourreaux, et de demander grâce à ses geôliers.

Ses forces l’avaient quitté, la faim et la soif le

tenaillaient, et son pantalon trop grand ne tenait plus

à sa taille. Il avait vingt ans et en paraissait quarante,

même sa barbe n’arrivait pas à cacher la maigreur de

son visage. Il n’avait plus d’avenir et remettait son sort

et son âme à Dieu.

Sa chemise blanche en soie de parachute l’avait

trahi, et elle tombait en lambeaux. De sa superbe il ne

restait rien, sauf le souvenir des mains de sa mère

couturière la cousant point par point.

Le dimanche matin, il était beau comme un dieu

dans cette chemise à la sortie de la messe, et les filles

se retournaient devant ce beau gaillard aux cheveux

gominés. Elles n’étaient pas les seules à l’avoir

remarqué, et de jeunes collabos jaloux lorgnaient sa

belle liquette.

À chaque parachutage, des petites mains

récupéraient les restes des paquetages pour améliorer

le quotidien. Sa mère avait échangé de la farine contre

la toile en soie, pour confectionner la chemisette de

son fils, et bien mal lui en avait pris.

Germain avait été arrêté l’après-midi-même,

pendant une rafle et conduit à la kommandantur, où

depuis il était tenu au secret.

Son coeur se déchirait en pensant à sa mère, le

jour où elle apprendrait son assassinat dans les

cachots de la Gestapo. Il allait mourir pour une

chemise de soie, faite avec amour par sa mère, et ce

n’était vraiment pas de chance.

Les bruits de pas dans le couloir se rapprochèrent,

et la lourde porte s’ouvrit, Germain ferma les yeux, et

il s’ensuivit un silence de mort. Pendant plusieurs

secondes rien ne se passa, Germain surpris rouvrit les

yeux. Dans l’entrebâillement de la porte, une

silhouette se détacha, et s’avança vers lui sans mot

dire. Une main fine et glacée lui prit la main, et

toujours en silence l’entraîna vers la sortie.

Cette main, il la connaissait, elle l’avait bercé,

nourri, consolé et habillé, c’était celle de sa mère.

L’espoir renaissait en lui, ses jambes retrouvèrent la

force de le porter, sans chercher à comprendre.

Comme un petit garçon, il la suivit sans lâcher sa

main. Dans l’autre main de sa mère, pendait à son

poignet une aumônière noire vide.

Cette femme courageuse avait demandé audience

au commandant de la prison, surpris et intrigué de

son audace, il l’avait reçue. Elle avait déposé devant

lui, sur le cuir de son bureau, sans dire une parole, son

aumônière noire, bien pleine et bien garnie.

Ses mains fébrilement avaient délacé la cordelette

nouée de la bourse, d’où s’échappèrent des dizaines

des pièces d’or, sonnantes et trébuchantes. Des Louis

d’or, de vingt francs et de quarante francs, à l’effigie

de Napoléon III et Louis Philippe, scintillaient sous le

halo de la lampe de bureau.

Les mains avides du commandant soupesèrent les

pièces, et elle sut par ce geste qu’il allait assouvir sa

soif du butin. Et les portes s’ouvrirent.

Tous deux marchèrent dans le couloir menant à

la sortie, et très vite, se retrouvèrent à l’air libre. Elle le

conduisit vers la foule des grands boulevards et ils

entrèrent dans une brasserie, où elle commanda tous

les plats de la carte, payés avec la dernière pièce d’or

gardée au creux de sa main.

  














À la mémoire de
De mon père
LA CHEMISE BLANCHE


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vendredi 12 mars 2021

                                                                            

                                       L’adieu

 A Saint-Austremoine

Caro Diario 1967



Sa compagne vivait avec papa maintenant dans la maison.
Cela allait être notre premier été avec elle.
Et là tout était à recommencer,
Il fallait nous habituer à elle, et elle à nous.
Elle était devenue la maîtresse de maison,
Mais pas encore la femme de papa.

Sauf qu’elle n’avait pas l’habitude des enfants ni des ados,
On aurait dit plutôt notre grande sœur que notre future belle-mère.
Elle avait vingt-et-un ans, trois ans de plus que mon frère ainé 
et quatre et demi de plus que moi,

Une jolie petite blonde aux yeux bleus et très amoureuse de mon père.
La maison avait maintenant l’eau à l’évier et je ne suis pas sûre qu’elle était potable,
Mais pas encore de douche ni de toilette.
Tout l’été, mes frères et moi avons creusé derrière la maison, dans la roche,

Un trou pour mettre une fosse septique.

Pour les besoins, rien de changé,

Toujours le cul à l’air dans le pré derrière la maison,

Mais maintenant le papier hygiénique avait fait son apparition,

C’était plus doux que le journal.

En bonne maitresse de maison elle faisait les comptes, et là elle s’est aperçue,

Que quatre enfants en pleine santé et croissance coûtent cher.

Et que bien sûr cela lui donnait du travail.

Je l’aidais à la cuisine, aux courses et à la vaisselle,

Mais pas assez à son goût.

Eh oui, elle avait un homme qui avait quatre enfants,

Et pour elle c’était beaucoup trop.

Ce n’était plus notre maison, cela devenait la sienne et il fallait bien s’y faire.

C’est sûr que leur vie à deux était plus romantique.

Maintenant que Papa oublie,

C’est elle qui s’occupe de lui,

Du mieux qu’elle le peut, avec patience et amour, loin de nous.

Et pour cela, elle mérite toute mon admiration et ma reconnaissance.







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vendredi 5 mars 2021

 

Les Estreys

Le véto

  Caro Diario 1970



Maman a depuis quelque temps aux Estreys

Une jument malade, alors elle fait appel aux soins d’un vétérinaire.

Maman est une femme plus que nature,

Elle parle aux gens et aux animaux avec des mots imagés,

Comme les paysans du cru,

Avec son franc parler, sans malice ni moquerie.

Nature en somme.

Dans l’écurie obscure,

L’unique ampoule au plafond est insuffisante.

La jument souffre et attend les soins.

Et c’est là que ma mère m’a fait rire pour des années,

Chaque que fois que j’y pense, j’en ris encore.

Elle se met à crier de sa grosse voix qui porte loin :

« On y voit comme dans le trou du cul d’un nègre. »

Je me mets à la regarder avec effroi et gêne,

Puis, un fou rire me prend sans que je puisse le contrôler,

Suivi d’un autre rire encore plus fort et bon enfant que le mien,

Celui du vétérinaire.

Et maman qui répétait encore sa phrase au cas où l’on n’ait pas bien entendu.

Vous allez comprendre,

Son vétérinaire était noir.

Pour Maman, c’était une phrase comme ça, sans méchanceté,

Juste son naturel qui revenait au galop.

Ça, c’est ma mère,

La Ginette des Estreys.

Bien dans ses bottes et les pieds dans le crottin de cheval.



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vendredi 15 janvier 2021


 Le Café de la Fontaine 

Les vacances de maman

 Caro Diario Le Puy 1966




Maman avait une voiture neuve à elle,

Une Caravelle décapotable gagnée en travaillant dans son restaurant

Ouvert en novembre 1965.

Durant l’été 1966, je l’ai remplacée à son auberge pendant dix jours,

Pour qu’elle parte en vacances.

Papa avait promis de venir m’aider, mais il était plus souvent avec sa bien-aimée qu’avec moi.

Maman était partie avec son associée  à la mer, à Rimini,

Avec la promesse d’y aller l’an prochain, mes frères et moi ensemble,

Promesse tenue, l’année suivante pour mon plus grand bonheur.

Ce n’était pas facile de faire la cuisine seule,

Elle avait une dizaine de pensionnaires pour le repas de midi.

Son café était bien sympathique et je m’étais fait des amis.

Le soir, je fermais vers vingt heures pour vite rentrer à la maison de la Halle,

Et souvent, mes amis me raccompagnaient en voiture,

Je retrouvais Michel et Philippe pour leur repas du soir.

Maman est revenue de ses vacances avec de nombreux souvenirs,

De ce pays magnifique L’Italie, qui lui avait tant plu.

Depuis quelques temps, je voyais bien qu’un nouveau client au bar

Tournait autour de maman, un certain Chacha.

Lui aussi ne déplaisait pas à maman.

Il avait l’air d’un brave homme,

Le seul problème : il était marié et il avait des enfants,

Et cela me faisait mal.

Mais je le savais bien une place était à prendre à la maison.

Et elle ne resterait pas vide longtemps.

Et ce que j’avais prévu ne tarda pas à arriver,

Un autre homme rentrait chez nous,

Et il fallait faire avec.

Le doute s’installa,

Pourvu que je ne me sois pas trompée,

Et que ce soit bien un brave homme.








           

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