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dimanche 31 mars 2019


  
La piscine D’Espaly Le Puy

Caro Diario 
1960



Et la marche à pied

De piscine, elle n’en avait que le nom.
Il nous fallait faire trois kilomètres à pied
 pour arriver dans les bassins de la papeterie d' Espaly ,
Mis à la disposition des habitants du Puy-en-Velay.
Il y avait quatre ou cinq bassins réservés à la population,
Sauf le dimanche car la papeterie avait besoin de l'eau pour son fonctionnement.
On y passait la journée.


A midi, à la baraque en bois de la dame de la piscine,
On achetait des sandwichs au pâté,
Ils étaient très grands et bons,
La moitié d'une flûte de pain.
Pour des enfants affamés, c'était parfait.
Ce que je ne savais pas,
C’est que cette dame,
Allait devenir la belle-mère de mon père,
 Et lui non plus ne le savait pas encore.
Car papa a épousé sa fille quelques années plus tard.
Toute l'après-midi,
C’étaient des plouf, des tasses, des plongeons,
Mes frères étaient les champions du sous l’eau,
Mais pour nager en surface, il y avait encore à faire.
Pour le retour,
Rien de changé, il y avait toujours
Ces trois maudits  kilomètres à pied qui nous attendaient.
Mais la route était  sûre,
Et tous les enfants du Puy venaient à pied sans crainte des voitures.
Nos seuls problèmes étaient des accidents de chaussures.


Martine



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mercredi 6 mars 2019



JE SERAI EN DEDICACE AU SALON D 'YSSINGEAUX LE SAMEDI 30 MARS 2019 DE 14H A 18H 

jeudi 28 février 2019




Martine

Et les garçons




   Caro Diario 
1966








                                                         



Je ne suis plus la petite fille que maman appelait
TITI
Depuis l’enfance, avec ce surnom que je n’aimais pas.

A seize ans maintenant,
Je vois bien que les garçons tournent autour de moi au café de maman.

Cela est nouveau pour moi, mais ce n’est pas dans mon programme.

Je ne suis pas disponible, ni dans ma tête, ni dans mon cœur, ni dans mon corps.

Je n’ai pas envie d’avoir des enfants comme maman,
Ni que l’on me quitte comme papa l’a fait.

Les HOMMES SERAIENT-ILS TOUS COMME CA ?
Et puis je suis jeune, alors j’ai bien le temps,
Et ma vie est pleine du manque de notre père.

Comment faire confiance aux  HOMMES,
Alors que le meilleur d’entre eux est parti loin de nous.

J’aime bien la compagnie de mes amis garçons,
Mais pour le reste, mon cœur est vide.

Je n’ai pas envie d’aller plus loin, et puis mon corps est à moi,
Et j’en fais ce que je veux.

Le plus dur est de faire le vide autour de soi, de me protéger.

Je me mure dans ma tête et je ferme la porte de mon cœur et de mon corps,
Comme ça pas de problème pour grandir en paix et aller de l’avant.
Devenir inaccessible et intouchable.

Certains clients voudraient aller plus loin avec moi, qu’ils aillent se faire voir,
Je suis dans mon monde et j’ai fermé la porte à clef.
Certains pensent que je suis une fille facile comme je travaille dans un café,
Mais j’ai bien le droit de rire et de m’amuser,
Avec mes amis en tout bien tout honneur.

Et je me moque de leurs dires, ma ligne de conduite est draconienne,
Et ne changera pas,
Et je suis très bien comme cela.

J’ai assez de soucis comme ça pour grandir, alors pourquoi me prendre la tête.

« Maintenant j’adorerais que maman m’appelle encore TITI »

ALORS PAS TOUCHE
SINON JE TAPE.



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vendredi 1 février 2019

LA CROIX
1958

   Le jeudi, pas d'école pour cette ribambelle d'enfants, et les garnements s'en donnaient à cœur joie. Sur l'eau savonneuse du grand lavoir les fripouilles en culottes courtes à l'aide d'une baguette de bois, guidaient leurs petites embarcations, faites de coques de noix et d'allumettes.

   Les blanchisseuses d'un coup de battoir aspergeaient les galopins d’eau mousseuse pour les faire décamper, en leur criant : «  Allez jouer à la croix, c'est bien tranquille là-bas, et laissez-nous laver vos vêtements crotteux ».

  Toute la bande de polissons au pas de course traversait le village, et le bruit de leurs galoches ferrées annonçait leur arrivée. La croix de pierre posée au milieu d'un champ à la sortie du village était leur terrain de récréation, loin des regards désapprobateurs de leurs mères.

  Leurs jouets et leurs jeux étaient faits de tout et de rien, de pierres en guise d'osselets, et de bouts de bois pour les sabres et les épées. Une fronde, confectionnée avec la fourche d'une branche de noisetier et le caoutchouc d'une chambre à air de vélo, faisait leur bonheur, et le combat pouvait commencer.


   Épée en main, les chevaliers combattants esquivaient les coups de leurs adversaires, les gagnants escaladaient et s'asseyaient sur les bras de la croix, en récompense de leur triomphe, et des hurlements de joie s’élevaient en signe de victoire.

    Derrière des volets mi-clos, l'ombre d'une silhouette cachée par de lourds rideaux crasseux observait les enfants en marmonnant des paroles déplaisantes. Il avait l'apparence d'un homme des bois, reclus et sauvage, une personne terrifiante pour des gosses, dont il fallait se méfier.

   L'irritation du vieux garçon et sa colère non contenue, le poussaient à ouvrir la fenêtre et à leur brailler dessus. Le jour il ne sortait jamais de sa maison, alors les sacripants en profitaient pour le singer, lui tirer la langue et lui montrer leurs derrières.

    Avec leurs lance-pierres, les plus effrontés envoyaient des billes et des boules puantes par la lucarne ouverte du grenier. La pétoche au ventre, les mioches déguerpissaient en quatrième vitesse, en lançant des pétards, heureux de leurs plaisanteries. L'individu, fou de rage, les menaçait de tout faire sauter : sa maison, la croix et les vauriens avec.

   Le corps d'un gendarme assassiné dans le bois voisin, enfoui sous des feuilles et de la mousse, découvert par des promeneurs, fut le commencement de la fin de leur insouciance. Une tragédie dans le canton, et le début d'une enquête diligentée chez les habitants du hameau. Leur terrain de jeu était envahi de voitures, de reporters et de gendarmes, interdisant toute approche.

   L'une après l’autre, les fermes du bourg furent fouillées et retournées de fond en comble, dévoilant l'intimité de leurs occupants, et à son tour la maison de la croix fut investie.

   Lors de la perquisition, un arsenal d'armes et d'explosifs datant de la dernière guerre, fut découvert, donnant des sueurs froides aux démineurs. Des cantines militaires remplies de rations alimentaires subtilisées lors de parachutages, pouvaient ravitailler un régiment et permettre de soutenir un siège.

   L'arme du crime, un pistolet découvert derrière des sacs de charbon dans le bûcher, permit l'identification du criminel appréhendé aussitôt par les gendarmes, devant les enfants stupéfaits et épouvantés.

   La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre, les mères poules des rejetons, tremblantes de peur et de culpabilité, attrapèrent leurs progénitures par leur fond de culotte et les enfermèrent à double tour.

   Suite à ce meurtre, pendant des années les enfants firent un long détour, le calvaire leur étant interdit. Tous regrettaient la frayeur et le frisson ressentis à la croix, parcourant leur corps et leur descendant au bas du dos, les rendant invincibles et maîtres du monde.

   Ils avaient tenu tête à un criminel, et étaient devenus des héros pour tous les enfants des villages voisins, et sur la place du hameau ils bombaient le torse en fanfaronnant et en criant :

«  Même pas peur ».

   Les paroles de leurs mères allaient résonner encore longtemps à leurs oreilles : «  Allez vous promener et jouer à la croix, c'est bien tranquille là-bas ».
 


           
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mardi 1 janvier 2019



L'adieu à Jean-Paul mon frère.




   Caro Diario 




      Maman arriva à la maison ce vingt-trois octobre 1963 à dix-neuf heures.
      Surprise, je vis qu'elle ramenait toutes les affaires de mon frère Jean-Paul,
Qui depuis des mois était à l’hôpital pour une leucémie aiguë.




     A treize ans dans ces années-là, je ne savais pas grand-chose des maladies. 


    Ni de la vie en général, mais pour moi, cela ne pouvait pas être mortel.

     Mais voir revenir toutes ses affaires à la maison me mit mal à l'aise méfiante et soupçonneuse,
J'ai senti ma boule au ventre revenir.

     Je lui ai demandé pourquoi, mais la seule réponse de maman fut :
« Prépare une soupe de vermicelles pour tes frères».

      Affolée, je suis alors partie en courant sans m’arrêter jusqu'à l’hôpital Émile Roux. 
    Dans le noir, presque deux kilomètres que j'ai faits sans m'en rendre compte et sans être essoufflée.

     Arrivée dans la chambre de mon frère, mon père, assis sur son lit, lui parlait tout bas.

    Je l'ai entendu lui dire à l’oreille : « Martine est là.» 
Puis il m’a dit que c'était la fin, qu'il devenait sourd et aveugle.
    Alors, je lui ai dit adieu, je l'ai embrassé avec des larmes dans les yeux,
    Et je suis partie comme j'étais venue.
J'ai couru pour rentrer à la maison,
 monté les escaliers quatre à quatre jusqu'au troisième étage,
Et fait cuire la soupe de vermicelles pour mes frères.

 Mais j'avais fait mes adieux ce jour-là à mon frère.

Depuis ce jour, mon frère Michel n’a plus  parlé comme avant,

Il avait perdu son double. 
 



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samedi 1 décembre 2018

                                     La chambre du mort

   Caro Diario   



 L'année 1962, mes parents avaient en gérance un Bar Hôtel  dans la ville haute,
Une année pleine de rebondissements en tout genre.
Ce matin-là, maman après avoir eu la visite de la police,
Me demanda de venir l'aider à faire les chambres,
Comme tous les matins quand je n'avais pas école.
Une fois dans la chambre, j'ai rangé les affaires de toilette dans la trousse,
Et ma mère, tout en pliant des vêtements dans une valise sortie de dessous le lit
M’expliqua que le jeune homme qui louait cette chambre,
Était mort cette nuit, assassiné dans la rue du collège par un voisin
Le locataire de maman, grand, jeune et beau garçon d' un mètre quatre vingt-cinq,
d'origine Tunisienne,
Toujours bien habillé, avait été tué à coups de pistolet par un mari jaloux.
Mon sang quittait ma tête, ma boule au ventre était de retour,
 La sueur coulait sur mon front, et mes mains et mes jambes tremblaient.
Je n'osais plus  toucher les objets du mort et surtout pas son rasoir,
 Que je lâchais dans le lavabo.
Je le revoyais me dire « Bonjour Martine » le matin quand je partais à l'école,
Lorsque l'on se croisait dans l'escalier.
J'avais envie de partir en courant mais je n'ai pas pu bouger,
 Et je suis restée avec maman, la regardant finir la valise en ne touchant plus rien.
Encore une grande peur ce jour-là.






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vendredi 30 novembre 2018